Steiner Rudolf - L'évangile selon Jean Cycle de douze conférences


Auteur : Steiner Rudolf
Ouvrage : L'évangile selon Jean Cycle de douze conférences faites à Hambourg du 18 au 31 mai 1908
Année : 1908

Lien de téléchargement : Steiner_Rudolf_-_L_evangile_selon_Jean_Cycle_de_douze_conferences.zip

PRÉFACE aux études de Rudolf STEINER sur l’Évangile selon Jean par Marie STEINER. Par ce livre nous pénétrons au coeur même de l’activité de Rudolf Steiner. Car son action entière eut pour unique but de frayer pour tous la voie vers le Christ. Le Christ s’est perdu pour nous à l’époque du rationalisme et du matérialisme ; les églises se vidaient désespérément, et, à moins d’avoir encore une âme d’enfant intacte, on n’avait plus dans la tête et le coeur que vide et contradictions. Les paroles de ceux qui représentaient la doctrine chrétienne ne rendaient pas le son de la vérité, n’en portaient pas la conviction. L’Église était imbue de formalisme, de convention, cédant à des compromis à l’égard de la science, sans pouvoir lui opposer une réalité agissante elle en arrivait peu à peu à réduire ses exigences en matière de foi, car elle ne pouvait opposer au scepticisme des faits suffisants pour transformer la foi en une certitude et en une connaissance. La jeunesse renonçait à poser des questions à ses prêtres, qui se dérobaient manifestement devant les problèmes de la foi ; et jusqu’aux enfants livrés à eux-mêmes, ne rencontrant qu’un vide spirituel, sentaient intérieurement le sol chanceler sous leurs pieds. Les protestants se détournaient de l’église catholique à cause de son manque de liberté et de la frivolité de ses serviteurs, dont tout le comportement tournait souvent en ridicule ce qu’ils auraient dû représenter. Et pourtant, les rites révélaient encore l’esprit qui s’était perdu ; comment le retrouver ? Pas au moyen de la science moderne. Celle-ci fixait d’autorité des limites à la connaissance. Il manquait une vie qui maintînt le tout dans une forme unie ; on pouvait admirer le fini de chacun des fragments, mais il manquait à l’organisme des parties essentielles. Par contre, des tableaux de la religion brahmanique parlaient à l’imagination : par exemple celui de la grande tortue cosmique qui supporte le disque terrestre donnait pour ainsi dire l’impression qu’on était enveloppé des ondes de l’éther universel ; on sentait qu’il y avait plus encore derrière cette image que ce qu’elle était par elle-même, plus qu’un effet mécanique qui met en mouvement un automatisme cosmique auquel peu à peu des hommes apparus non moins automatiquement donnent un sens passager et bientôt disparu. Il se dégageait de ces religions antiques un souffle substantiel. Lorsqu’on suivait leur route, on avait l’impression d’être élevé d’une conscience d’abord assourdie vers des sphères de pensées toujours plus lumineuses. De grandes civilisations sont nées de ces religions, elles ont donné naissance à des images qui vivent encore jusqu’à notre époque ; l’art et la philosophie s’y sont développés au point de nous avoir laissé des monuments sublimes. Mais cette route se perdit toujours plus dans des ténèbres mystérieuses. Au seuil des temples antiques, certaines questions étaient posées par le gardien qui punissait de mort celui qui n’avait pas su y répondre. Ces énigmes se sont résumées dans l’injonction : « Connais-toi toi-même. » Ce sentier perdu, il fallait le redécouvrir ; mais comment ? Des temples qui s’étaient tus et dont les portes étaient closes s’échappaient des traces vers le dehors. Le sens de ces traces s’exprima dans des civilisations toujours plus florissantes, embrassant une humanité toujours plus nombreuse jusqu’à ce que finalement la personnalité humaine se dégage. Il n’y avait plus un maître inspiré, un guide, un chef, et à côté de lui un peuple obscur, mais l’individu qui n’avait de valeur que par lui-même. C’est au temps de la Grèce qu’on voit le plus clairement le type divin se rapprocher du type humain, le suprasensible se fondre par l’art dans le sensible. La personnalité mûrissait ; les mystères reculèrent, se dissimulèrent. Leur sens, qui avait jadis été mystérieux, mais sûr et à l’abri du doute, se voila. La pensée humaine commença son chemin propre ; les écoles de philosophie apparurent ; les sceptiques gagnèrent du terrain ; par là disparut peu à peu la grandeur de ce peuple qui avait vu se former la personnalité humaine. Il perdit sa valeur propre, ses racines profondes, et attendit le « dieu inconnu ». Or ce Dieu inconnu fut celui qui permit par son sacrifice à la personnalité humaine de s’élever au-dessus d’elle-même, pour qu’après avoir traversé la connaissance, elle retrouve au delà du monde sensible son origine avec une conscience claire, ajoutant aux forces primordiales un nouvel élément élaboré dans les profondeurs de la matière dense. Ce chemin fut préparé dans le sein du peuple juif qui se développa parallèlement au peuple grec et qui donna aux hommes le sens du dieu un, du dieumoi, en fait et en principe. Après l’esclavage et la décadence du peuple grec qui suivirent les campagnes d’Alexandre, quand la louve romaine célébra ses orgies, faisant un dieu de César saisi de la folie des grandeurs, lui édifiant des autels et contraignant les sujets à l’adorer, dans un peuple éloigné et solitaire s’accomplissait ce qui allait sauver l’humanité de l’animalisation menaçante : le sacrifice du Golgotha. Voilà ce qui brisa la puissance de la louve romaine, ce symbole des primautés de l’instinct. Rome s’écroula. Des peuples neufs déferlèrent sur l’empire en décomposition ; une nouvelle substance humaine recueillit ce qui, plus tard, allait aboutir à un nouvel état d’âme. Ainsi le nouvel élément spirituel reçut l’héritage de cette notion de puissance édifiée par l’empire romain. Le nouveau et frêle apport spirituel reçut l’influence de cette passion du pouvoir qui s’était emparée des formes sociales aux derniers temps de l’empire romain. Mais ces formes furent en grande partie reprises avec l’esprit déjà décadent qui les avait pénétrées, et avec ce germe de décadence qui aurait dû être alors détruit et ne le fut pas. Les phases de ce conflit entre une nouvelle spiritualité et les vestiges de l’ancienne composent l’histoire du Moyen Age et des temps modernes : on peut le suivre jusque dans l’organisation de l’Église, dans les confréries secrètes, dans les ordres de moines et de chevaliers, dans les mouvements qu’on a appelés hérétiques, dans l’humanisme de la Renaissance et la Réforme. Une nouvelle connaissance de la nature parut alors, une conception mécanique de l’univers, la notion des limites de la connaissance, l’ignorabimus. La philosophie enseigne l’isolement subjectif, la coupure entre l’homme et l’univers : d’un côté les représentations, de l’autre le monde des phénomènes. On enseigna une psychologie qui ne reposait plus sur la connaissance de l’âme et de l’esprit, qui les niait même, prenant son point de départ dans la matière. La matière triompha sur toute la ligne, et il s’établit alors ce chaos spirituel qui atteint aujourd’hui son maximum, et qui a entraîné dans ses remous l’humanité, aboutissant à cette catastrophe mondiale dont nous supportons encore les conséquences. Nous sommes parvenus à ce point de l’histoire humaine, et nous entendons quelques-uns prophétiser le déclin de l’Occident. Dans ce monde de ténèbres environnantes rayonne cependant une lumière. Elle nous vient d’un homme qui dépasse toute son époque et répand de la clarté sur l’événement qui s’accomplit au sein de l’humanité lorsque jadis Rome jetait le monde dans les chaînes. Il nous apporte ce dont nous avons besoin pour comprendre le point central de l’histoire humaine sur terre. Il agit parmi nous depuis le début de ce siècle, et avec les forces qui transforment nos ténèbres en clartés spirituelles. A ceux d’entre nous qui cherchaient le chemin des mystères perdus, ce chemin s’ouvrit. Un homme était là qui avait la connaissance et pouvait servir de guide ; avec réserve tout d’abord, puis nous guidant avec sagesse et prudence, comme l’époque le veut. Nous n’étions pas à la hauteur de ce que nous recevions ; mais nous écoutions, nous recueillions, nous écrivions, sachant qu’une époque viendrait où nous aurions à transmettre ce qui nous était donné avec surabondance. Les hommes mûris par la souffrance et l’épreuve en ont besoin aujourd’hui pour leur salut et leur élévation. Le moment est venu où nous devons accomplir ce devoir. C’est pourquoi nous ne devons plus le retarder. Rudolf Steiner a rendu possible à tous l’accès au Christ. Il mit la main au gouvernail des affaires humaines qui vacillaient, et les redressa. Seul, il lutta contre les forces de destruction, redressa la roue d’une main vigoureuse et fit reprendre à l’humanité la longue route ascendante. Mais il allait lentement, car les hommes qui l’entouraient étaient faibles, et la grandeur de ce qu’il avait à leur donner les écrasait presque. Si l’humanité de nos jours avait eu des organes assez réceptifs, une nouvelle ère eût commencé, d’un dynamisme immense, et d’un essor infini. Mais telle qu’elle était, c’est lentement et péniblement que se produisit ce qui devait réveiller des organes endormis. Par un effort incessant, édifiant pierre sur pierre, Rudolf Steiner construisit les fondations d’une compréhension de l’histoire humaine qui devient toujours plus subtile. Il ne s’épargna jamais la peine de construire dans toutes ses conférences publiques toutes les bases qui lui permettaient ensuite de s’élever d’un pas. Il ne s’est jamais permis de lancer quelque chose qui eût créé une sensation. Il n’a jamais voulu forcer une âme. Chacune de ses conférences était un organisme harmonieux dont les racines plongeaient dans le sol, dans les forces terrestres ; il s’élevait à travers les ondes de l’éther jusqu’à l’esprit vivant, mais ne laissait éclore la brillante fleur terminale d’une nouvelle idée que lorsqu’elle sortait par une nécessité intérieure de toute la structure de l’organisme entier. Toute construction de pensée était une création en même temps qu’une oeuvre d’art vivante. On restait émerveillé devant cette perfection de l’édifice des pensées, mais il vous laissait libre, étonné de la grandeur et de la beauté de ce qui avait été révélé avec une nécessité si lumineuse. Vers le début du xxe siècle, bien des éléments chaotiques qui se heurtaient aux limites de la vie spirituelle d’alors, vinrent créer des remous au sein de la civilisation matérialiste. Pour y introduire de l’ordre, servir de bouc émissaire, être confondu avec les éléments de chaos, de désordre ou d’anachronisme, comme certains courants de renaissance orientale, il fallait un courage infini et l’indication de la destinée. Mais le destin, à ce seuil du xxe siècle, exigeait l’accomplissement de cette action capitale : vaincre le matérialisme qui enserrait le monde et menaçait déjà de l’anéantir. La base de cet édifice qu’on avait cru si sûr, s’ébranlait. La grande guerre et les troubles sociaux en sont aujourd’hui le témoignage douloureux et indéniable. D’autre part, un homme de coeur, portant l’esprit dans son regard profond qui semblait s’être nourri de toutes les énigmes et de toute la détresse de la terre et qui renvoyait avec une sereine douceur l’éclat de la lumière spirituelle ; il savait qu’il devait pénétrer de la lumière, de l’or de la sagesse, les ténèbres terrestres, pour que l’humanité s’élève à un degré plus haut de conscience. La tâche a été remplie ; l’or de la sagesse est là, efficace, puisé au soleil du Christ pour nous être donné. Il éclaire notre terre, notre pensée lourde, compacte, matérialiste. Ces connaissances suprasensibles, pénétrant le monde de nos pensées, se transformant en idées capables de dynamiser notre conscience, cette alchimie subtile a créé en nous une nouvelle substance intérieure qui peut agir sur nos organes spirituels endormis et les vivifier. La force de cette vie nouvelle découle du mystère du Golgotha. Mais c’est le travail humain qui doit aller à la rencontre de cette force et s’ouvrir à elle. C’est à la réalisation de ce but que Rudolf Steiner a travaillé parmi nous. Tout ce qu’il a créé, pensé, a eu cet unique mobile de redonner à nos concepts, à nos sentiments, une vie assez haute pour qu’ils puissent s’ouvrir à nouveau à l’impulsion du Christ ; et que notre volonté conçoive l’énergie de s’unir dans tout son être à cette impulsion. Une oeuvre insondable est devant nous, consacrée à cet unique but qui réunit tous les buts particuliers : réunir et fondre ensemble ces trois domaines autrefois associés et maintenant séparés, la science, l’art et la religion. C’est en même temps saisir le sens spirituel que recouvre l’idéal de liberté, d’égalité, de fraternité ; c’est éveiller le « Je » dans l’homme vers la conscience de lui-même et de l’univers auquel il appartient. Ce but ne peut être atteint que si l’impulsion du Christ vient renforcer l’homme. Toute la sagesse du monde doit être concentrée pour comprendre le plus grand de tous les mystères que les autres mystères n’ont fait que préparer. Rudolf Steiner a expliqué progressivement quelles en avaient été la nature et l’importance ; tous furent des avant-coureurs de l’événement du Golgotha. Pas à pas, il nous a appris à le comprendre ; la cosmogonie, la théogonie, la connaissance de la terre et de l’homme et les sciences déjà florissantes dans la pensée humaine lui apportèrent leur aide. Mais il y aura toujours des critiques pour soutenir ce qui correspond à l’esprit d’un dogme ; il y en a même déjà pour affirmer : Certes, dans le génie de Rudolf Steiner, tout n’est pas à rejeter, mais il faut se garder de lui parce qu’il ne reconnaît pas le Christ. Ceux qui se sont donné la peine d’étudier l’oeuvre de Rudolf Steiner avant d’en parler ont vu la chose autrement. Un groupe de théologiens vint trouver Rudolf Steiner pour lui dire : nos églises se vident ; nos séminaires ne nous donnent pas de quoi nourrir les âmes affamées. Vous seul pouvez nous aider. Voulez-vous nous donner ce qui nous permettra d’aider ensuite les autre au moyen de notre ministère ; sinon nous renoncerons à l’exercer. Et Rudolf Steiner leur donna ce qu’ils demandaient la clef des Évangiles, le Christ vivant, le Verbe qui devient culte. Il leur dit : Vous m’avez demandé ce que vous pourrez transmettre à ceux qui ne sont pas encore assez forts pour accéder à la science spirituelle, à la communion spirituelle. Vous voulez les mener par ce moyen aux sources d’une connaissance qui rende les hommes libres, conscients, ainsi que l’exige notre époque. Vous pourrez ainsi aider l’oeuvre qui s’accomplit si votre activité n’est pas une fin en soi, si l’esprit de votre église ne l’emporte pas sur l’esprit tout court, si cette route de l’âme aboutit vraiment peu à peu à fortifier le « Je » en lui-même et si l’homme s’unit en toute clarté et liberté au monde divin, au coeur du Christ qui brille dans le soleil et parcourt la terre de ses pulsations. Voilà ce que vous avez voulu et promis ; agissez conformément à votre parole et restez-lui fidèles. Ils allèrent et fondèrent une communauté pour la renaissance chrétienne, pour le salut de beaucoup d’âmes. Ils mettent en pratique l’enseignement des Évangiles dont Rudolf Steiner a donné la clef. Dès les premiers temps de son activité, il avait mêlé à son enseignement ce qui conduisit à comprendre la croix et à voir en elle l’arbre de vie. Ses auditeurs lui avaient demandé un cycle de conférences sur l’évangile de Jean. Ce qui leur fut accordé. Voici ces conférences d’après des notes qui, malheureusement, ont bien des lacunes. Beaucoup désirent les avoir, et on en fait tant de copies que nous les donnons aujourd’hui, malgré leur insuffisance. Mais leur substance remédiera aux lacunes, car un souffle du monde d’où elles viennent plane encore sur elles. Et cette substance, les hommes en ont besoin. Puisse l’esprit de ce livre trouver l’accès des âmes qui ont soif de la vérité, et qui sont de bonne volonté. ...

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